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Ouidah Le temple des Pythons est un sanctuaire vaudou situé à Ouidah (Bénin), dans un lieu où l'existence d'un culte du serpent (Dangbé) – une forme particulière du vaudou – est attestée depuis la fin du XVIIe siècle. Ses pythons sacrés vivants constituent l'une des attractions touristiques majeures de la ville1.
 

À l’origine, le domaine du temple s'étendait sur plusieurs hectares, mais sa superficie a été sérieusement réduite sous la poussée de l'urbanisation2. Le sanctuaire se trouve maintenant au cœur de la ville, dans le quartier Dangbexu, sur la place Agoli – aménagée par des pavés, mais où subsiste un baobab centenaire –3, en face de la basilique de l'Immaculée-Conception, le principal lieu de culte catholique de la ville.

D'abord réservé aux initiés, le temple a subi au fil des ans une mutation partielle, devenant un centre d’attraction cultuelle et un haut lieu touristique. Le nombre annuel de visiteurs a été estimé à 1 100, particulièrement pendant les fêtes de fin d’année, les vacances d’été et les congés2. L'entrée est désormais ouverte à tous, mais payante. Une petite donation permet en outre au visiteur de se faire photographier avec un python autour du cou4. Le montant annuel des recettes a été estimé à 5 millions de francs CFA (soit près de 9 000 USD). La municipalité prélève 10 % de cette somme pour contribuer au développement local2.

Histoire

Les récits des voyageurs européens attestent l'existence d'un lieu dédié au culte du Serpent à Ouidah dès la fin du XVIIe siècle, mais il pourrait avoir subi plusieurs déplacements3.

En 1698, le père Labat, dans le tome 2 de son Nouveau voyage aux isles de l'Amérique, est le premier5 à rapporter le récit d'un témoin direct – le père Braguez – d'une consultation du Serpent par le roi lui-même :

« Le peuple à genoux, et en silence, était fort éloigné de là : le roi seul avec le prêtre du pays entrèrent dans l'enceinte où après beaucoup de prosternations, de prières et de cérémonies, le prêtre s'approcha d'un trou où l'on supposait qu'il y avait un serpent. Il lui parla de la part du roi et lui fit les questions accoutumées [...]. À mesure que le serpent répondait à une demande, le prêtre portait la réponse au roi, qui était un peu éloigné du trou, à genoux, et en posture de suppliant. Ce manège s'étant fait plusieurs fois, on publia enfin, que l'année suivante serait heureuse, qu'il y avait beaucoup de traite et qu'on prendrait bien des esclaves. Le peuple en témoigna sa joie par de grands cris, des danses et des festins6. »

Lorsque le père Braguez interroge le prêtre un peu plus tard, celui-ci lui explique que « le culte qu'ils rendaient au serpent n'était qu'un culte relatif à l'Être souverain, dont ils étaient les créatures » et que le Créateur, connaissant la vanité de l'homme, ne voyait pas de moyen plus efficace pour l'humilier « que de l'obliger de ramper devant un serpent, qui est le plus méprisable et le plus méchant de tous les animaux6. »

Dans un ouvrage ultérieur, Voyage du chevalier Des Marchais en Guinée, isles voisines, et a Cayénne7, le père Labat décrit les différentes processions faites à la maison du grand Serpent qualifié de « principale divinité du pays ». Lors du couronnement du roi de Ouidah, après deux semaines de festivités, les dignitaires et la population se rendent en grande pompe au « temple du grand Serpent » pour formuler des demandes et rendre grâce. Une gravure illustre le couronnement du mois d'avril 17238 : on y aperçoit au centre la case du serpent et le serpent lui-même s’y rendant précipitamment9.

En 1700, le marchand hollandais Guillaume Bosman, dans son Voyage de Guinée, rapporte qu'on connaît à Fida (Ouidah) trois divinités principales, dont les plus importantes sont les serpents10.

En 1873, dans Le Dahomé : souvenirs de voyage et de mission, l'abbé Laffitte décrit ainsi le temple :

« Whydah ne possède qu'un seul monument [...] et s'il attire l'attention, c'est plus par les hôtes qu'il renferme que par son architecture. Ce bâtiment, de forme circulaire, haut de dix pieds, bâti en terre et couvert d'herbes desséchées, est le temple d'une fraction de divinités dahoméennes. Une vingtaine de superbes couleuvres y sont adorées11... »

Une monographie publiée en 1991 confirme que « l'aspect du temple ne semble pas avoir été particulièrement remarquable quelle que soit l'époque ». Constatant alors son état de délabrement, elle conclut à la nécessité d'une valorisation en raison de sa dimension symbolique, mais écarte l'éventualité d'une reconstitution, car on ne dispose pas d'information sur son état antérieur. Elle préconise plutôt une action à visée pédagogique et touristique12.

En 1992, Ouidah accueille le premier festival mondial consacré à l'art et à la culture du vaudou, Ouidah 9213. À cette occasion, les bâtis du temple sont restaurés par le Fonds d'aide à la culture (FAC) et la participation des familles dépositaires des biens3. La toiture du couvent des pythons est ainsi dotée de tuiles et le mur intérieur renforcé par des grilles2. Cependant la gestion du temple doit faire face à de multiples difficultés, dont les querelles qui opposent de longue date les familles concernées, à tel point que le maire a temporairement fermé le site en 20144.


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